Travailleurs sans papiers : Le front État-patronat se fissure

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Face aux différentes actions des grévistes sans papiers et de leurs soutiens, les patrons eux-mêmes contestent l’intransigeance du gouvernement

Voilà bientôt cinq mois que les grévistes sans papiers sont dans l’action. L’hiver a été particulièrement dur du fait du froid, de l’endettement des grévistes, de l’incapacité d’envoyer une aide financière au pays, de la fin de non-recevoir gouvernementale avec la sortie de la circulaire Besson le 24 novembre dernier, mais aussi du mutisme des patrons.

Pour autant, les grévistes, les onze organisations syndicales et associations qui les soutiennent et les comités de soutien ont multiplié les initiatives pour bousculer patronat et gouvernement. Dans un contexte pourtant dominé par les élections régionales, cette mobilisation commence à payer.

Une solidarité déterminante

Depuis le 12 octobre, la solidarité a été l’une des clefs qui explique la longévité de la grève. Les grévistes présents sur les piquets comme nombre d’autres ont multiplié les collectes et on peut dire que la population locale et les réseaux militant-e-s ont largement abondé ces caisses. Un compte national ouvert par les 11 organisations a permis de collecter et de redistribué plusieurs dizaines de milliers d’euros. Depuis janvier le paiement en ligne est possible.

Les personnalités, notamment celles des milieux du cinéma, ont pris position. Leur court-métrage de 3 minutes 30 diffusé dans 550 salles a permis de battre en brèche l’omerta pratiquée par les grands médias audiovisuels depuis octobre.

La solidarité a aussi permis de contrer les provocations patronales (envois de gros bras pour casser les piquets, multiplication de procédures judiciaires).

Les autres efforts des grévistes et de leurs soutiens se sont concentrés sur le patronat pour l’obliger à reconnaître la légitimité des revendications et le contraindre à prendre position contre une législation qui lui a largement profité jusqu’à ce jour, mais aussi pour qu’il remette aux grévistes le formulaire Cerfa indispensable pour toute demande de régularisation.

À ce jour, quelques 1 000 Cerfa seulement ont été remplis. D’autres actions ont visé les pouvoirs publics, comme celle menée avec des sans-papiers ayant travaillé sur un chantier de l’Assemblée nationale. Plusieurs actions ont ciblé les clients et donneurs d’ordre des entreprises employant massivement des travailleurs-ses sans papiers révélant leurs pratiques et ternissant leur image de marque.

Pressions sur l’État et le patronat

Ces pressions conjuguées ont amené plusieurs organisations patronales comme la CGPME et l’UPA (artisans) et des grandes entreprises comme Veolia et Suez à prendre position en faveur d’une négociation tripartite (entreprises, syndicat, État) permettant d’aboutir à une circulaire ouvrant droit à la régularisation de la plupart des travailleurs et des travailleuses sans papiers. Au moment où nous bouclons cette édition, nous savons que le Medef doit prendre position.

D’autres éléments expliquent l’évolution patronale. Avec la fin de l’hiver, les chantiers du BTP vont reprendre, ainsi que l’activité dans la restauration et la persistance des grèves serait une très mauvaise chose. La montée des tensions sociales dans nombre d’entreprises privées (Ikéa, Total et les autres compagnies pétrolières, Philips…) peut également contribuer à assouplir les positions des secteurs patronaux les plus hostiles à tout accord (Bouygues, patronat de l’intérim).

Enfin les menaces de fermetures administratives brandies par le gouvernement passent très mal et ouvrent aujourd’hui une brèche dans le camp d’en face. Ce gouvernement est bien celui des patrons, mais ces derniers ne sont prêts à accepter son recours au nationalisme que s’il ne met pas en cause leur activité. Or le gouvernement va devoir trouver une solution pour résoudre cette contradiction. Il a dû interrompre sa campagne de haine sur l’identité nationale suite à la multiplication des protestations de ses opposants comme chez une partie de ses soutiens. Pour autant sa politique nationaliste reste à l’ordre du jour avec le projet de loi Besson qui vise à renforcer la répression vis-à-vis des sans-papiers, et aussi lorsqu’il cherche à placer des jeunes en échec scolaire dans les métiers en tension (nettoyage, BTP, restauration, sécurité, intérim) occupés par les travailleurs-ses sans papiers afin d’en virer un plus grand nombre encore.

Néanmoins le gouvernement se retrouve dans une situation plus difficile qu’au-début de l’hiver. Il vient d’essuyer un revers important avec le nouveau refus du Mali de passer un accord bilatéral sur les expulsions. De même les protestations se multiplient après l’expulsion d’une lycéenne marocaine. Enfin, la colère monte dans l’affaire de la remise en cause de la nationalité française des enfants de Français-e-s nés hors de France. Gageons que le pouvoir va traîner en longueur pour ne pas avoir à ouvrir de négociations avant les élections régionales.

C’est pourquoi il faut maintenant accroître et intensifier par l’action et la convergence des luttes des travailleurs-ses en général les pressions sur patronat et gouvernement car il s’agit avant tout d’un conflit du travail. Et une victoire de cette grève constituerait une victoire pour tous les travailleurs-ses.

Mais il faut également faire le lien entre les luttes sans-papiers et celles des autres migrant-e-s (jeunes majeurs, familles) pour sortir du cercle étroit de la régularisation par le travail. Enfin il faut plus que jamais articuler ces luttes avec le combat idéologique et les initiatives visant à obtenir la dissolution du ministère de l’identité nationale, fer de lance du racisme d’État.

Laurent Esquerre (AL Paris Nord-Est), Noël (AL banlieue Nord-Ouest)

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