A Contre Courant : Panique

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Chaque mois, le mensuel Alternative libertaire reproduit l’édito de la revue alsacienne À Contre Courant, qui de son côté reproduit l’édito d’AL. Pour contacter ces camarades : ACC, BP 2123, 68060 Mulhouse Cedex.


La fête financière est finie ! Partout, les Bourses craquent et les banquiers serrent les fesses, avant de mettre pour certains la clef sous la porte, en laissant les épargnants et les boursicoteurs pleurer leurs économies perdues avec leurs illusions de rentes à vie et de gains faciles. Et, selon la sacro-sainte habitude que l’on socialise les pertes si l’on privatise les bénéfices, l’État, hier encore suspecté voire maudit, est sommé de voler au secours d’un capital financier aux abois.

Qu’il faille pour cela violer quelques principes, les irresponsables qui nous gouvernent n’en ont cure. Si Paris vaut bien une messe, le sauvetage de Wall Street vaut bien quelques accrocs au bréviaire néolibéral. Lorsqu’il s’avère que la « main invisible » du marché se met à trembler et à tâtonner dans le vide, il est grand temps de faire appel à la main de fer de l’État. Laquelle s’apprête à plonger dans la poche du contribuable pour y prélever ce que des années d’austérité salariale y ont laissé subsister d’épargne. C’est ainsi un minimum de 700 milliards de dollars que les contribuables étatsuniens vont être contraints d’offrir en manne au capital financier pour éponger ses dettes. Avant que leurs homologues européens ne soient invités à en faire autant.

Sans garantie d’ailleurs que le remède ne soit pas pire que le mal. Car gageons que, sitôt les plus urgentes de ces dettes épongées, le plus gros du cadeau sera, lui aussi, offert à ces Moloch que sont les marchés financiers, toujours assoiffés d’argent frais comme les vampires le sont de sang. À ce compte, la spéculation a encore de beaux jours devant elle.

Certes, des voix s’élèvent pour dire qu’il faudrait enfin songer à moraliser des comportements devenus prédateurs et réguler des marchés devenus ivres. Dans ce registre, ne manquant jamais une occasion de se mettre en valeur, notre Tartarin élyséen n’a pas été en reste. Et, une fois de plus, il a conjugué mensonge et illusion. L’illusion, c’est que le capitalisme puisse être moralisé et la finance ramenée à la raison : comment moraliser et rationaliser un mode de production dont le principe est de sacrifier tout et tous à la valorisation du capital, de sacrifier la nature et les hommes à l’accumulation indéfinie de marchandises, de moyens de production et de titres de propriété ?

Quant au mensonge, d’ailleurs répété ces jours-ci à longueur de colonnes par les perroquets qui occupent les tribunes médiatiques, c’est de faire croire que tout va s’arranger en tempérant le fonctionnement des marchés par un peu de régulation. Alors que le fond de l’affaire est que cette crise résulte non pas de l’échec des politiques néolibérales mais de leur réussite même : du déséquilibre qu’elles ont réussi à produire dans le partage de la valeur créée entre salaires et plus-value, par conséquent du déséquilibre fantastique existant au niveau mondial entre l’accumulation des titres de propriété et de crédit dans la sphère financière, qui demandent tous à se valoriser, et le volume de la valeur effectivement réalisable dans ces conditions, contrainte par l’austérité salariale. En somme une très classique crise de surproduction, telle que l’économie en génère périodiquement comme la condition même de sa reproduction.

 
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