Enseignement supérieur et recherche : Restructurations en prévision !

Version imprimable de cet article Version imprimable


Pour «  faire face à la crise  », l’État a emprunté 35 milliards d’euros sur les marchés financiers. La recherche et l’enseignement supérieur sont parmi les premiers «  bénéficiaires  » de ce Grand Emprunt. Mais, au lieu d’une augmentation des moyens, c’est plutôt une réorganisation du système d’attribution à laquelle il faut s’attendre.

Dans le Grand Emprunt, 22 milliards sont alloués à l’enseignement supérieur et la recherche, mais cette somme sera compensée par une baisse du budget ministériel. Une partie des 22 milliards va être utilisée immédiatement pour l’aménagement de nouveaux pôles de recherche, mais l’essentiel va être confié à l’Agence nationale pour la recherche (ANR). Cet organisme gouvernemental, créé en 2005 afin de gérer les moyens alloués aux équipes, va placer l’argent à la caisse des dépôts, qui va elle-même replacer l’argent sur les marchés financiers, et toucher les intérêts de 3,5 %, qui vont être redistribués via des appels à projets aux noms révélateurs  : Equipements d’excellence, Laboratoires d’excellence, Société d’accélération de transfert de technologie etc.

La logique de l’ANR est toujours la même  : donner beaucoup de moyens à peu d’équipes et piloter la recherche par en haut, ce qui est incompatible avec l’autonomie nécessaire à une recherche de qualité.

La fin de l’autonomie de la recherche  ?

Le but affiché par le gouvernement est à terme de faire émerger seulement cinq à dix pôles d’excellence internationaux dans toute la France. En d’autres termes, cinq à dix facs, éventuellement fusionnées avec d’autres facs, instituts de recherche et grandes écoles, auront les moyens de faire fonctionner une recherche de haut niveau. Les autres auront pour charge de développer une recherche et un enseignement supérieur jusqu’à la licence, tous deux liés au bassin d’emploi. Le lobbying fait rage en ce moment dans les hautes sphères entre le ministère, les directions de facs et celles des instituts pour savoir qui gérera les moyens humains et financiers et qui déterminera quels sont les labos «  excellents  ». Une bureaucratie s’installe  : l’opacité est totale sur les projets et on essaie au passage de revoir la «  gouvernance  » de la recherche en créant de nouvelles structures sans représentation des personnels et avec une sur-représentation du privé.

Depuis la création de l’ANR en 2005, la réaction des chercheuses et chercheurs a plutôt été à la résistance passive. Ils désapprouvent ces réorganisations mais y participent en essayant de tirer leur épingle du jeu et de préserver l’organisation actuelle. Aujourd’hui la situation est différente. Les coupes récurrentes dans les budgets commencent à se faire sentir. La réorganisation bureaucratique de la recherche fait perdre un temps considérable dans les labos. Beaucoup de chercheuses et chercheurs se pensant «  excellents  » ont vu leurs candidatures aux appels d’offre rejetées.

Derrière l’excellence, la précarité

De plus, les conséquences des réorganisations de 2005 commencent à peser. Les crédits alloués par l’ANR ne permettent que d’embaucher des CDD, faisant exploser la précarité dans l’ensemble de la profession. Des personnels précaires embauchés au lancement de l’ANR se font licencier tout juste avant d’atteindre les 6 ans de CDD dans la fonction publique donnant légalement accès à une titularisation ou à un CDI. Les personnels administratifs et techniques sont déplacés d’un poste à l’autre comme des pions au gré des réorganisations, souvent sans formation, et sont confrontés à de nouvelles directions de ressources humaines lobotomisées pour restructurer. Les chercheuses et chercheurs sont en permanence sommés de justifier l’utilité de leurs recherches, au détriment de la recherche à moyen et à long terme.

Quelles réactions  ?

Ce secteur professionnel, pourtant marqué par l’individualisme et la cogestion, a connu plusieurs mouvements sociaux importants ces dernières années. L’intersyndicale de l’enseignement supérieur et de la recherche a bien pris la mesure des enjeux et a publié un «  appel à la résistance  », doublé d’assemblées générales d’information. La mobilisation pourrait prendre rapidement. Reste à trouver la bonne allumette pour mettre le feu aux poudres.

Mariman (AL Paris Sud)

 
☰ Accès rapide
Retour en haut