Espagne : Sociaux-traîtres et libéraux-loyaux

Version imprimable de cet article Version imprimable


En Espagne aussi les attaques libérales sont violentes. Dernier exemple en date : une réforme des retraites qui veut faire travailler les Espagnols jusqu’à 67 ans, et avec une plus petite pension. Qui mieux qu’un gouvernement socialiste peut s’en charger ?

L’Espagne possède un système de retraite par répartition proche de celui qui existe en France, où les actifs payent les pensions des retraités. Alors que la retraite y est déjà à 65 ans, la dernière idée du gouvernement socialiste de Zapatero est de rallonger encore ce chiffre, jusqu’à 67. Pour couronner le tout, un nouveau calcul des pensions permettra de les baisser pour la majorité des retraité-e-s.

Pour faire passer la pilule, les sociaux-traîtres et les libéraux-loyaux ont tout osé. Alors même que les comptes de la Sécurité sociale espagnole sont positifs de 8 milliards d’euros en 2009, les « experts » sont unanimes pour dire que ce ne sera bientôt plus le cas... en 2030. D’autres économistes, moins écoutés, signalent que l’Espagne ne consacre que 9 à 10 % de son PIB aux retraites, contre plus de 12 % en Allemagne ou en Italie par exemple. En bref, quand bien même les comptes de l’assurance vieillesse seraient négatifs, il ne tiendrait qu’à la volonté politique de consacrer plus de richesses nationales aux retraites. Au final, même quand les travailleurs et les travailleuses partent à la retraite tard et que les comptes sont positifs, les socialistes trouvent le moyen de remettre en question les droits des salarié-e-s.

Trop rentable pour être public

Pour le secrétaire d’État à la Sécurité sociale, Octavio Granado, c’est « le vieillissement de la population » [1] qui rend inévitable la réforme. Comme si ce phénomène était nouveau ! L’espérance de vie n’a cessé d’augmenter au XXe siècle, et le système par répartition y a bien survécu. Ainsi, ils nous bassinent sur le nombre d’actifs par retraités qui baissera, mais ils se gardent bien de nous dire qu’avec l’augmentation de la productivité, on aura effectivement besoin de moins d’actifs par retraité.

Leur objectif est clair : affaiblir assez le système de pensions publiques pour que les fonds de pension privés deviennent une option obligatoire à ceux qui veulent un minimum de dignité pendant leurs vieux jours. Pour cela, les socialistes espagnols mettent en doute publiquement le système par répartition. Début mars le ministre du Travail, Corbacho, déclarait : « Est-il bon d’avoir un plan complémentaire de pension ? Je répondrai que oui. J’en ai moi-même un depuis des années. » [2] C’est à se demander s’il fait ça pour narguer ceux qui n’auront jamais de quoi en avoir un.

La TVA de 16 à 18%

Inutile de préciser que la politique fiscale d’exonérations de cotisations de ces dernières années ne saurait être critiquée. En effet, alors même qu’une partie des socialistes commence à regretter d’avoir récemment enlevé l’impôt sur le patrimoine – crise oblige –, le gouvernement s’apprête à augmenter la TVA, l’impôt le plus injuste, de 16 % à 18 % pour rattraper ses comptes.

Il y a de quoi être félicité par le chef européen de la confédération patronale de Business Europe, qui a rencontré Zapatero, a trouvé l’entretien « excellent » et considère la réforme des retraites « tout à fait juste » [3].

Entre l’augmentation de la TVA, de l’âge de la retraite, et l’annonce d’une réforme pour faciliter les licenciements, les travailleurs et les travailleuses espagnoles trouveront sans doute la goutte qui fera déborder un vase copieusement arrosé par ceux qui osent encore s’appeler Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE)

Au final, l’apparente incohérence des socialistes profite à la droite dure du Parti populaire, qui se présente comme l’opposante. En effet, l’incompétence de ces socialistes à sortir le pays du chômage qui explose (près de 20 %) est aussi grande que leur volonté de casser les droits des salarié-e-s. De là à en tirer des déductions sur leur homologues français...

Manu (AL Paris Nord Est, de Valence)

[1 Público, le 10 mars 2010

[2Ibid.

[3El País, le 2 février 2010

 
☰ Accès rapide
Retour en haut