Total Dunkerque : Sarko, on dit merci qui ?

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Dans un contexte où l’Union française des industries pétrolières estimait en février, que 10 à 15 % des 114 raffineries européennes doivent fermer, les salarié-e-s de Total, en lutte depuis deux mois, sont abandonné-e-s en rase campagne par la CGT…

Depuis plus de deux mois, les salariés de Total Dunkerque sont en grève pour le maintien de leurs emplois sur le site. Après plusieurs manifestations et rassemblements, l’intersyndicale Sud, CGT, FO reçoit le soutient de la CGT majoritaire dans le groupe et des salariés des autres sites, inquiets pour leurs avenir. Une grève générale ! La pression mise sur la direction et sur l’État due à un début de pénurie d’essence [1] dans les stations nous faisait penser que le problème allait vite être réglé, mais une réunion du comité de groupe après seulement quelques jours de grève ruine les espoirs de beaucoup de salarié-e-s sur le site de Dunkerque.

La CGT déserte la lutte…

Sortie de la réunion, la CGT annonce qu’elle a, pour sa part, des assurances qu’il n’y aura pas de nouvelles fermetures (ce que Sarkozy s’emploie à dénommer des « non-fermetures » !) au cours des cinq prochaines années sur les autres sites. Elle ajoute que la direction s’engage à ne laisser tomber personne sur le site de Dunkerque mais qu’il devait fermer [2]. La CGT annonce alors qu’elle proposera la reprise du travail dès l’AG du lendemain matin.

Tout le monde est furieux : le soir même les murs de l’UD et de l’UL de Lille sont tagués d’insultes diverses, notamment « CGT casseur de grève ». Ce n’est pas la pire.

Deux jours plus tard Sud Solidaires, majoritaire à Dunkerque, organise un meeting. L’intersyndicale du site est présente, ainsi que l’UL Sud de Lille de la fédé Chimie Sud, et Christian Mahieux. On sentait la déception des personnes en tribune et dans la salle à la suite à l’annonce de la CGT, franchement qualifiée d’« erreur » par l’ensemble des personnes présentes, et repris aussi par Jean-Pierre Delannoy, secrétaire de la CGT Métallurgie Nord-Pas de Calais.

Lors de ce meeting, il a été lancé un appel à soutien signé par des syndicalistes, des politiques et des individuels, pour apporter de l’aide aux salarié-e-s. Mais le sentiment général est un scepticisme mêlé de trahison. Scepticisme quant à leur avenir, dû à l’arrêt de la grève sur les autres sites, et trahison parce que la CGT nous aura laissé en rade.

…et promet : demain on rase gratis

Le comité central d’entreprise du 8 mars ne changera rien à la donne : la fermeture est confirmée et les ouvriers qui se seront déplacés au pied des tours du siège de Total, à la Défense, seront gazés par les CRS. Lot de consolation, ou ultime maladresse, nous repartons à Dunkerque avec en poche un papier de la CGT groupe, déclarant qu’il y aura une action commune mi-avril.

La CGT ne comprend pas, ne veut pas comprendre, qu’à Dunkerque nous nous battons depuis plus de deux mois ! Et en attendant, que faire jusqu’à la mi-avril ? Et pour les salarié-e-s c’est l’incompréhension et la solitude syndicale au niveau national, et des problèmes qui sont loin d’être réglés. Une petite phrase d’un salarié pour finir : « Sarko, tu peux dire merci à Thibault. » Eddy AL Douai

[1En date du 22 février 2010, sur 2 600 stations-service Elf et Total, 127 étaient à court de carburant.

[2370 salariés sont concernés et 250 devraient se voir proposer un redéploiement dans les filiales et usines du groupe, ou encore vers… EDF. Il faut y ajouter 400 sous traitants.

 
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