Personnels précaires de Jussieu : La grève victorieuse

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Après neuf jours de grève totale, les personnels précaires du ménage de l’université de de Paris VI ont empêché le licenciement de la moitié du service.

Depuis le passage à l’autonomie des universités (loi LRU de 2009), celles-ci peuvent désormais gérer leurs personnels comme elles le souhaitent, dans la limite d’un plafond d’emplois fixé par le ministère. Bien des présidents d’université sont ainsi tentés de livrer les personnels techniques (ménage, restauration, sûreté, jardinage, etc.) à des boîtes privées. Le président de la faculté de Paris VI Jussieu a ainsi décidé de ne renouveler aucun des trente CDD se terminant fin décembre au ménage, ce qui représente la moitié de ce service déjà en sous-effectif, composé pour l’essentiel de jeunes femmes précaires.

Déjà en juillet, la présidence avait tenté de licencier plusieurs CDD et s’était rétractée après l’envahissement par les personnels et des militantes et militants syndicaux CGT, FO et FSU d’une réunion entre syndicats et direction. L’UNSA et la CFDT, impliquées dans la direction de l’université, ont fortement critiqué cette action. Le 18 novembre, suite à l’annonce des trente licenciements, mêmes divergences côté syndicats. La CGT encourage les personnels à agir directement et à déterminer la conduite de la mobilisation. L’UNSA et la CFDT, à l’inverse, pensent que la construction d’un rapport de force gênerait les négociations avec la présidence et que les syndicats doivent se substituer à l’action des personnels précaires.

Rapport de force contre cogestion

Les personnels, tous non-syndiqués, hésitent. Cinq jours plus tard, une pétition de soutien a recueilli plus de 2000 signatures et la présidence ne propose que de reconduire 15 des 30 CDD. Constatant le manque d’efficacité des négociations à froid, les personnels votent la grève à l’unanimité, soutenus par la CGT, FO, la FSU et SUD.

La grève bénéficie tout de suite d’un soutien fort des personnels, des étudiantes et des étudiants . Elle est très visible du fait de l’amoncellement rapide des détritus, de l’organisation régulière de rassemblements et de manifestations à l’intérieur de la fac et de la mise en place d’un piquet de grève bloquant l’entrée de la déchetterie. Au bout de trois jours de grève, les personnels obtiennent la reconduction de vingt-deux contrats, dont dix en CDI ou en poste de fonctionnaires, et le paiement de tous les jours de grève. Cela fait toujours huit salarié-e-s sur le carreau, la grève est reconduite.

Ne rien lâcher

La direction change alors de stratégie  : elle se rétracte concernant le paiement des jours de grève, multiplie les coups de pression sur le piquet de grève et emploie des boites privées pour nettoyer discrètement.

Malgré des périodes de doute, les personnels reconduiront systématiquement la grève à l’unanimité, revendiquant «  zéro licenciements  ». Beaucoup de personnels techniques se reconnaissent dans cette lutte et organisent des collectes pour alimenter la caisse de grève. La pétition atteint les 5500 signatures (pour environ 20000 personnes sur le site de Jussieu), et la grève menace de s’étendre à d’autres services. Finalement, le 2 décembre, la présidence s’engage à reconduire tous les CDD dans un communiqué rageur.

Cette grève montre que, contrairement à une idée en vogue dans le mouvement social, les personnels précaires peuvent lutter dans leurs boîtes, sans que des organisations syndicales ne se substituent à leur action. Les raisons qui ont conduits au déclenchement de cette grève vont sans doute se retrouver dans d’autres facs prochainement (voir article "Restructurations en prévision !"). Espérons que cette grève exemplaire inspirera d’autres salarié-e-s.

Mariman (AL Paris Sud)

 
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