Retraites : l’impossible front commun syndical

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Entre une CFDT en phase avec le gouvernement et une union syndicale Solidaires qui revendique le retour au système de retraite d’avant les contre-réformes, les autres syndicats se préparent à accepter de nouveaux reculs plutôt que de s’engager dans une confrontation avec le pouvoir et le patronat.

La CFDT est la confédération la plus en phase avec le discours libéral sur les retraites. Elle se dit ouverte à toute discussion pour « sauver » le système par répartition : allongement de la durée de cotisation, système par point… La CFDT revendique une égalité de traitement « par le bas » des différents régimes de retraites. Selon Les Échos du 20 janvier 2010, la CFDT réfléchirait à l’alignement du mode de calcul des pensions publiques sur celui des retraites du privé, soit les 25 meilleures années au lieu des 6 derniers mois. Elle a démenti, mais entre temps, le gouvernement a trouvé l’idée… intéressante. La CFDT pèse de tout son poids pour qu’aucune mobilisation d’ampleur des salarié-e-s n’ait lieu sur cette question.

La CGT est la confédération la plus ambiguë. D’une part, la direction confédérale prône le droit à la retraite à 60 ans pour une carrière complète, avec un taux de remplacement d’au moins 75 % et une pension au minimum égale au Smic. Elle revendique également l’intégration des années d’études et des périodes de précarité dans le calcul des annuités, ainsi que la prise en compte de la pénibilité du travail. Elle est beaucoup plus discrète sur le nombre d’annuités à cotiser depuis qu’elle abandonné la revendication des 37,5 annuités lors de son congrès de décembre 2009. Ce qui aura marqué le plus les esprits, c’est l’abdication de toute combativité de la direction sur cette question. La mobilisation massive des salarié-e-s du public en 2003 a été anesthésiée par une succession de « temps forts » qui l’ont fait mourir à petit feu. Et en 2007, lors de la remise en cause des régimes spéciaux, Bernard Thibaut a sifflé la fin de la partie avant même que la grève des cheminots ne commence.

La CGT-FO affiche des positions proches de la CGT, mais elle a également abandonné la revendication des « 37,5 années pour toutes et tous », au grand dam d’une partie de sa base. Et, au-delà de ses appels incantatoires à la grève générale, elle est peu favorable à une mobilisation unitaire, ayant même trouvé un prétexte pour ne pas participer à la journée d’action du 23 mars.

Solidaires partage nombre de revendications avec la CGT mais elle est la dernière force syndicale, avec la FSU, à ne pas avoir renoncé à la revendication des 37,5 annuités de cotisations pour toutes et tous, et au maintien des régimes spéciaux. Pour financer de telles revendications, Solidaires estime qu’il faut modifier la répartition des richesses entre les revenus du travail et ceux du capital, et augmenter les cotisations patronales au détriment des dividendes versés aux actionnaires. La satisfaction d’une telle revendication ne peut passer que par un affrontement victorieux contre le patronat et l’État. C’est pour cela que Solidaires propose, en vain pour l’instant, une mobilisation unitaire et durable pour y parvenir.

La FSU souhaite, par le biais du fisc, rééquilibrer le partage des richesses en faveur des salarié-e-s, en taxant plus fortement les revenus financiers et du patrimoine. La FSU revendique un statut social pour la jeunesse qui permettrait la validation des périodes d’études et de précarité. Le niveau d’engagement de la FSU dans la mobilisation sur les retraites dépendra surtout de sa capacité s’émanciper de la CGT avec laquelle elle a un partenariat privilégié

Martial (AL Angers)

 
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