Austérité : Réagir vite contre les mauvais coups

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La politique du PS au pouvoir n’est pas seulement une ­manière circonstancielle de faire plaisir à leurs amis les patrons. Elle a aussi pour but de plonger un peu plus le pays dans le libéralisme pur jus. Les conquêtes des travailleurs et des travailleuses sont plus que jamais menacées, et il est urgent de se battre pour ne pas nous retrouver demain avec un demi Smic mensuel pour pleurer.

Le PS vous promet que le gouvernement ne mène pas une politique d’austérité, mais de rigueur. La preuve ? C’est que le secrétaire de la CFDT le confirme !

L’austérité plein pot

L’austérité a deux visages. Le plus visible : hausse des impôts, blocage des salaires des fonctionnaires depuis cinq ans, blocage des retraites depuis trois ans. Ou encore la mise en œuvre du plan d’économie de 50 milliards annoncé par Valls l’an dernier pour la période 2014-2017. Soit 18 milliards ­d’économies sur les dépenses directes de l’État et à la clef des investissements retardés et des emplois cassés ; 11 milliards de baisse pour les reversements aux collectivités territoriales qui se traduisent par des coupes franches dans les budgets municipaux ou des hausses importantes des impôts locaux ; et 21 milliards dans les dépenses de santé et les prestations sociales ce qui entraîne par exemple la suppression de 22 000 emplois dans les hôpitaux.

L’autre visage est caché, sournois. C’est tout ce qui concerne le démantèlement des services publics et leur marchandisation. Car le libéralisme est l’autre nom de l’austérité. Certes les politiques cumulées de Sarkozy puis Hollande ne nous ont pas encore fait ingurgiter les potions les plus amères expérimentées en Grèce. Mais les dix ans de règne de ­Sarkozy/Hollande, si rien n’est fait pour stopper le rouleau compresseur, auront profondément remodelé le pays. Car les ambitions patronales sont loin d’être satisfaites.

Il est donc urgent de faire un tour d’horizon des prochaines attaques au moment même où Macron, ministre de l’Économie, constate que les travailleurs français sont trop « protégés » et appelle le patronat à la modération salariale.

Droit du Travail

La loi Macron, toujours en discussion et dont le vote ne devrait pas intervenir avant juin – ce qui laisse du temps à la mobilisation pour s’amplifier –, prévoit donc de réduire les droits des prud’hommes en fixant des plafonds d’indemnités et en introduisant des juges professionnels. Les licenciements seraient encore accélérés dans la procédure et les salariés de filiales seraient privés de possibilités de se retourner contre leur maison mère ou leur donneur d’ordre. Les délégués dans les entreprises de moins de 300 salariés seraient moins nombreux, regroupés en une instance unique et les réunions obligatoires moins fréquentes. Les négociations annuelles obligatoires seraient simplifiées, regroupées et moins fréquentes. Des accords d’entreprises pourraient déroger à la convention collective de branche sans consultation de la commission partiaire de branche. D’ailleurs il n’y aura même plus besoin de délégué syndical pour mener à bien ces négociations… Enfin les seuils d’effectifs qui déclenchent aujourd’hui des obligations supplémentaires pour l’employeur seraient « assouplis ». Le travail du dimanche et de nuit serait banalisé. Dans le même temps les inspecteurs du travail voient leurs missions recadrées et placées sous tutelle d’un supérieur hiérarchique et auront toujours moins de temps pour accomplir leurs missions.

CDI flexible

Le gouvernement hésite toujours à attaquer bille en tête le CDI, accusé d’empêcher les patrons d’embaucher. Avec plus de 5 millions de chômeurs, qui peut encore oser déclarer qu’il est difficile de licencier en France ? Plusieurs pistes s’ouvrent pour faire disparaître discrètement le CDI. Le CDI progressif (qui ne se transforme en vrai CDI qu’au bout de quatre ans) semble être écarté : trop voyant. Et la mobilisation des jeunes contre le CPE est dans toutes les mémoires. Le gouvernement planche plutôt sur le CDI flexible et sécurisé : comme pour la formation professionnelle dont les maigres droits acquis suivent dorénavant le salarié qui change d’entreprise, suivraient d’autres éléments comme la prévoyance de base et les droits au chômage, les points du compte pénibilité. Forts de ces « sécurités » les salariés devraient apprécier la suppression de toute protection contre les licenciements qui deviendraient quasi indolores… L’idée vient des « frondeurs » du PS, c’est dire si elle est de gauche !

Compte « pénibilité »

Le fameux compte « pénibilité » n’est toujours pas vraiment en place et la prise en compte de tous les critères est suspendue. La loi devait satisfaire la CFDT qui brandit cette « avancée » en échange des reculs qu’elle a acceptés sur les droits à la retraite pour tous. Mais les patrons qui dénoncent une usine à gaz inapplicable n’ont pas tort. La prise en compte minutée de l’exposition de chaque salarié à une douzaine de facteurs pénibles (bruit, nuit, grand froid…) est à peu près inapplicable. C’est pourquoi Rebsamen, ministre du Travail, multiplie les effets d’annonces devant les congrès des fédérations patronales dénonçant l’usine à gaz et promettant une simplification. Hélas, nous pouvons nous douter qu’en fait de simplification c’est un enterrement que le gouvernement prépare doucement à ses amis de la CFDT…

Retraites complémentaires

Les retraites complémentaires, cotisations Arrco pour les salariés et Agirc pour les cadres, sont dans le rouge. Moins de cotisants et plus de retraités, on connaît le refrain et la logique semble implacable… L’enjeu est important puisque, selon les cas, cette retraite, qui vient en complément de la retraite de base versée par la Sécurité sociale, représente 30 % à 50 % de la pension totale. Les patrons ont essentiellement deux propositions sur la table et n’en bougent guère qu’à la marge après que se soit tenue la troisième réunion de négociation avec les confédérations syndicales. D’une part une baisse drastique des pensions de réversion (ce qui est reversé à la veuve, sous condition de ressource, après le décès du bénéficiaire ; le système fonctionne aussi pour les veufs mais les cas de figure sont plus rares).

D’autre part une décote entre 62 et 67 ans avec une montée progressive pour un taux plein à 67 ans seulement. Cette mesure serait alors un tremplin pour un recul à 67 ans du départ à la retraite pour le régime général. Les seuls reculs du Medef à ce jour portent sur les taux de régression et sur l’année d’application : natifs de 1956, 1957, 1958 ?

Avant les vacances d’été

Toutes ces négociations et ces lois en élaboration sont censées être achevées avant la trêve parlementaire, autour de la mi-juillet. Elles justifient pleinement un mouvement massif de grève ferme et déterminé sans lequel, à quelques nuances près, elles deviendront nos nouvelles normes. Une journée n’y suffira pas, c’est certain. Maintenant que vous êtes prévenus, à vous de voir…

Jean-Yves (AL 93)

 
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