Russie/Ukraine : Solidarité internationale pour Alexandr Koltchenko

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Le 9 avril dernier, les juges de Moscou ont décidé de prolonger jusqu’au 16 mai la détention d’Alexandr Koltchenko, postier et connu comme militant anarchiste, antifasciste, écologiste, mais aussi syndicaliste étudiant ukrainien.

Le 16 mai cela fera un an jour pour jour qu’Alexandr est détenu par le FSB (ex-KGB), autrement dit les services secrets russes. Il a été arrêté à Simféropol en Crimée parce que son action contre la mainmise de la Russie en Crimée agaçait les autorités russes. Il est actuellement détenu à la prison de ­Léfortovo.

Accusations délirantes

Lors de l’audience du 9 avril, les juges russes ont maintenu leurs accusations délirantes de participation à des actions terroristes en Crimée contre les locaux de Russie unie, le parti de Poutine et contre des bâtiments officiels et autre comme la statue de Lénine à Simféropol pour le compte de l’organisation d’extrême droite ukrainienne Pravy sektor (Secteur droite). Ne manquant pas d’imagination, le pouvoir russe qui met en scène cette parodie de justice accuse le prétendu groupe terroriste dont Alexandr serait un des principaux inspirateur et activiste, ­d’avoir préparé des attentats contre diverses infrastructures (pont de chemins de fer, lignes électriques).

Les autorités russes accusent Alexandr de s’être associé entre autres avec le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov pour réaliser ses forfaits prétendument destinés à déstabiliser les nouvelles autorités de Crimée afin que la République de Crimée quitte la Fédération de Russie.

Ces accusations mensongères, diffamatoires et relevant de la logorrhée complotiste, Alexandr les réfute bien sûr en bloc comme celle de faire partie d’un parti clandestin antirusse en Crimée. « Il n’est pas un terroriste et je ne suis pas la mère d’un terroriste », a déclaré lors de cette audience Larissa Koltchenko, la mère ­d’Alexandr.

Ce qui est visé, c’est en fait son engagement politique comme son opposition à la construction d’un nouveau terminal de transport sur la mer Noire, sa participation à des rassemblements antinazis, aux luttes contre l’augmentation du coût des études dénoncée par son syndicat étudiant ou encore son soutien aux grèves ouvrières.

L’avocate et les soutiens ­d’Alexandr ont rappelé qu’il est et se revendique citoyen ukrainien afin de mettre en lumière le caractère arbitraire de son arrestation et de sa détention.

Ainsi en février dernier le service national des migrations de l’Ukraine a confirmé sa citoyenneté ukrainienne et le 27 mars a déposé une plainte pour enlèvement du citoyen ukrainien ­Koltchenko.

Plainte à la CEDH

Il en a été de même pour Oleg Sentsov. Mais cela ne doit pas cacher le fait que les autorités ukraniennes ne font rien pour obtenir sa libération. Enfin ­l’avocate d’Alexandr, Svetlana Sidorkina, a déclaré que son client a envoyé une plainte à la Cour européenne des droits de l’homme contre l’attribution forcée qui lui a été faite de la citoyenneté russe.

Durant l’audience, Alexandr ne s’est pas plaint. Il est resté laconique. Il a évoqué ses lectures en prison. Il regrette que ses relations avec la Russie aient commencé avec la prison. Dans une de ses lettre, il parle de Léon Tolstoï et dit que ce dernier, s’il vivait actuellement, serait incarcéré en vertu de l’article 280.1 du Code criminel pour « appels publics à l’action visant à violer l’intégrité territoriale de la Fédération de Russie ».

Début avril s’est tenue une semaine d’action internationale pour la libération d’Alexandr Koltchenko avec des rassemblements organisés à Kiev, Minsk, Berlin, Brême, en Tunisie, à Biarritz, Paris, Strasbourg et ­Marseille devant les représentations russes mais aussi ukrainennes pour qu’elles exigent sa libération.

Les juges annonceront d’ici le 16 mai (a priori début mai) la date du procès d’Alexandr qui pourrait se tenir pendant l’été...

Le 1er Mai peut et doit être un temps fort pour faire connaître aux travailleurs, aux travailleuses et à leurs organisations cette affaire à l’échelle internationale.

Il faut donc intensifier la mobilisation pour Alexandr, mais aussi l’élargir aux progressistes qui se battent contre la tyrannie en Russie sans oublier celles et ceux qui sont victimes de l’arbitraire du nouveau pouvoir ukrainien dans un contexte marqué par la guerre et un ­cessez-le-feu précaire dans le ­Donbass.

Laurent Esquerre (AL Paris-Nord-Est)

 
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