Tunisie : Un FSM au goût mitigé

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La onzième édition du Forum social mondial s’est tenue en mars. Malgré sa perte de rayonnement, le verrouillage des organisateurs et la présence de représentants de dictatures diverses, il reste un lieu de rencontre pour les organisations syndicales, associatives et politiques.

La 11e édition du Forum social mondial s’est déroulée du 24 au 28 mars et, pour la seconde fois consécutive, à Tunis. Les organisateurs annoncent 40 000 à 50 000 participants, soient 20 000 de moins qu’attendu. Cette baisse de fréquentation est en partie due à l’attentat meurtrier du Bardo le 18 mars. Sans doute également à une baisse d’intérêt des militants du monde pour cet événement dont le contenu politique et contestataire n’a plus rien à voir avec celui de la première édition, à Porto Alegre au ­Brésil, en 2001.

Perte de rayonnement

Dès l’arrivée à l’aéroport de Tunis, la publicité du FSM est fait par la compagnie Tunisair, qui soutient et utilise l’événement, comme d’autres grosses entreprises. Le gouvernement tunisien d’une part et l’UGTT (syndicat quasi unique en Tunisie) d’autre part portent également le FSM. 

Lors d’un interview sur une radio nationale tunisienne, un coordinateur régional de l’Union des diplômés chômeurs (UDC) a regretté que le FSM ait perdu de son rayonnement au niveau des luttes sociales, et a dit se demander s’il ne deviendrait pas un événement touristique pour la Tunisie qui cherche à redévelopper ce secteur de son économie, en crise depuis la chute de Ben Ali. Ce qui peut expliquer le peu de présence des Tunisiennes et Tunisiens non militants, dû en grande partie à une communication du FSM trop axée sur le public étrangers et aux tarifs appliqués à ce même public (5 dinars soit 2,5 euros).

La programmation est soigneusement verrouillée par les organisateurs ; certaines propositions, jugées sans doute trop dérangeantes, étant « oubliées » lors de l’affectation des salles (cela a été le cas pour la présentation de son livre La Révolution face à la mondialisation des fondamentalisme contemporains par Mohamed Amami, militant tunisien en exil en France et membre d’Alternative libertaire). En revanche, les délégations gouvernementales venues défendre leur régime, telles que celles de l’Algérie, de la Syrie, du Maroc, de l’Iran et du Brésil, sont bien visibles.

Rencontres libertaires méditerranéennes

Celle de l’Algérie peut-être trop d’ailleurs, même au goût des organisateurs : 1 400 personnes envoyées par le gouvernement pour inonder le Forum sous des casquettes portant le drapeau algérien, c’est une autre technique pour invisibiliser la contestation, qui change de celle utilisée en 2013 quand les opposants avaient été empêchés de sortir du territoire algérien ! La cause palestinienne a quant à elle été parfois utilisée comme caution pour justifier la présence de certaines délégations soutenant des régimes qui répriment les soulèvements populaires, telles que la délégation syrienne pro-Bachar ou la délégation iranienne.

Quoi qu’il en soit, le FSM demeure un lieu de rencontre pour les organisations présentes. Les débats sont utiles principalement aux réseaux syndicaux, associatifs, culturels qui existent en dehors du FSM et utilisent cette occasion pour se rencontrer.

Nous avons fait de même avec les libertaires : les rencontres libertaires méditerranéennes ont eu lieu du 27 au 29 mars, et ont réuni une trentaine de personnes. Pour la Tunisie, le Commun libertaire (dont la majorité des militantes et militants viennent du mouvement Désobéissance, qui avait été actif de 2011 à fin 2013), la FFE (Fédération des forces émancipatrices), des membres de l’UDC, parmi lesquels une militante féministe cofondatrice d’une association pour les droits des femmes paysannes. Pour la France, AL, la FA, la CNT-F, la CGA. Participaient également l’IFA (Internationale des fédérations anarchistes), la CNT-AIT Espagne, la FA sicilienne, la FA italienne, ainsi que des individus (France, Bulgarie, Angleterre). Il est ressorti de ces rencontres la volonté partagée de renforcer les liens entre les militantes et militants libertaires des deux rives de la Méditerranée.

Adeline et Marouane (AL Paris-Nord-Est)

 
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