Enseignement agricole : Qui sème la lutte récolte la victoire

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Au lycée agricole du Mans, on n’a pas trop l’habitude des AG et des piquets de grève, mais quand on s’y met, c’est pour gagner. C’est ce qu’ont montré les personnels de l’établissement, contre les suppressions de postes et en solidarité avec les salariés précaires éjectables.

Beaucoup moins connu que l’enseignement de l’éducation nationale, l’enseignement agricole public forme environ 180.000 jeunes en formation initiale et aussi de nombreux apprentis et adultes via les CFA et CFPPA [1].

Cet enseignement dispose d’une assez bonne image grâce notamment à des pratiques pédagogiques innovantes (cours en pluridisciplinarité, travail sur le terrain, sorties pédagogiques…). Cependant, l’EAP (enseignement agricole public) est aussi le temple de la précarité avec près de 40% de personnels précaires (notamment dans les CFA et CFPPA).

Promesses non tenues

Le lycée agricole du Mans n’est pas connu pour ses fortes mobilisations sociales, il vient pourtant de connaître l’une des plus grosses de son histoire. Au départ, on nous annonce la suppression d’un poste administratif, celui affecté à la gestion des bourses de l’enseignement agricole. Pourtant Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture et lui même sarthois nous avait promis en personne qu’il ne toucherait pas aux postes… La nouvelle passe d’autant plus mal qu’une collègue contractuelle venait de réussir son concours de déprécarisation et pouvait être titularisée sur ce poste.

Pendant trois semaines, la mobilisation monte en puissance, une pétition a été signée par l’ensemble des personnels et une majorité des élèves et des parents d’élèves. Les assemblées générales se suivent et restent très suivies avec plus de trente personnes à chaque fois. Notre autorité administrative régionale et nationale (SRFD et DGER [2]) nous mène en bateau de promesses en enfumage de novlangue technocratique.

Le tout nous amène à proposer une grève avec blocage de l’établissement, l’idée étant de frapper vite et fort. La validation de cette action a créé la surprise puisque notre établissement est d’ordinaire assez calme socialement. La grève est donc voté à une très large majorité pour le 20 mars 2015. La grève est soutenue par les sections syndicales Snetap-FSU (majoritaire), le SYAC CGT et Sud-Rural.

Dès le lendemain à 7 heures, le piquet de grève est installé. Distribution de tracts, brasero et barbecue sont de la partie. Avec plus de 80 % de grévistes et presque aucun cours assuré, ­l’action est un véritable succès. À noter que pour la moitié des grévistes, c’était la première grève de leur vie.

Le ministre lâche

Pour autant l’administration ne lâche rien et s’acharne à nous prendre pour des imbéciles. En revanche, cette lutte installée en pleine élection départementale dans le fief de Stéphane Le Foll fait tache, d’autant que l’actuel ministre lorgne sur la mairie du Mans à moyen terme. Le ministère accepte de recevoir une délégation du lycée le 26 mars.

Nous allons donc à dix collègues du lycée, épaulés par des syndicalistes du Snetap FSU et du SYAC CGT, rencontrer la conseillère de Stéphane Le Foll. Les collègues sortent écœurés de l’entrevue, de la froideur technocratique, de l’arrogance et du mépris exprimés par leurs interlocuteurs.

Loin de nous laisser abattre nous appelons de nouveau à la grève pour le mardi 31 mars avec cette fois-ci blocage total de ­l’établissement.

Le lendemain de cette rencontre, le ministère lâche et désavoue sa propre administration, le poste de titulaire est réaffecté au mouvement. Nous suivons de près la titularisation de notre collègue, car derrière les postes il y a des personnes, précarisées, mal payées et habituellement ce sont des femmes…

Cette lutte victorieuse bien que modeste nous montre que l’action collective fonctionne là où échouent les stratégies individuelles. La détermination, la solidarité des personnels, l’unité parfaite de l’intersyndicale nous montrent que c’est possible !

Lulu (AL Orne-Sarthe)

[1CFA centre de formation pour apprentis ; CFPPA : centre de formation professionnelle et de promotion agricole.

[2SRFD : service régional de la formation et du développement. DGER : direction générale de l’enseignement et de la recherche.

 
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