Dossier Printemps arabe : Décevantes, les révolutions ?

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Un dossier coordonné par Guillaume Davranche, Marouane Taharouri et la commission International d’AL

Le 14 janvier 2011, le peuple tunisien chassait Ben Ali ; Moubarak tombait en février, tandis que la révolution s’amorçait à Bahreïn et en Libye  ; le même mois, le Maroc manifestait ; en mars, c’était au tour de la Syrie de s’éveiller.

Un an plus tard, les manifestations de Bahreïn ont été écrasées par les chars saoudiens ; un Conseil national de transition parrainé par l’Otan a pris le pouvoir en Libye ; les réactionnaires islamistes ont emporté les élections en Tunisie et en Égypte (avec seulement 54% et 52% de participation respectivement).

Une lecture sommaire de l’histoire pourrait amener à conclure que la parenthèse révolutionnaire est refermée, et que l’heure est à la normalisation, pour la plus grande joie des bourgeoisies nationales et de leurs alliés occidentaux et des émirats du Golfe.

Pourtant, le cycle ouvert par le peuple tunisien n’est pas refermé. Le tremblement de terre du 14 janvier a propagé son onde de choc dans tout le monde arabe et au-delà. La peur qui, en apparence, paralysait les sociétés arabes, est dissipée. La lutte héroïque du peuple syrien montre que ces insurrections antidictatoriales n’ont rien d’un effet de mode mais correspondent à un véritable mouvement de fond.

En Tunisie, en Égypte et en Libye le pouvoir est aujourd’hui assumé par d’anciens dignitaires recyclés et par des islamistes. Ces derniers n’ont rien de djihadistes au couteau entre les dents, mais sont essentiellement des bourgeois et des hommes d’affaire soucieux que le mouvement populaire cesse au plus vite. Obligés de « gérer » une situation instable, ils font face à des contradictions qu’ils ne peuvent escamoter comme l’endettement, la crise du capitalisme, les revendications sociales et démocratiques, les combats émancipateurs des femmes, la soif de liberté et de justice, mais aussi la l’hostilité envers les ingérences impérialistes des Occidentaux ou des États du Golfe. Ces contradictions peuvent, à leur tour, provoquer leur chute, et ils le savent.

Dans ce contexte les mouvements sociaux et populaires ne sont pas condamnés à attendre des jours meilleurs. Et les groupes libertaires qui, çà et là, participent à la lutte, sont face à la responsabilité de se lier à la masse des travailleuses et des travailleurs, de jeunes, des femmes qui, en Tunisie et en Égypte, ont fait vaciller les dictatures.


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