SNCF : Des chibanis contre la discrimination

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D’anciens travailleurs marocains discriminés par la SNCF pendant de longues années ont porté plainte contre la direction de l’entreprise, qui, faute de pouvoir nier les faits, mise tout sur la prescription des faits incriminés. Preuve d’un cynisme qui mérite une mobilisation pour l’égalité des droits entre salariés français et étrangers.

Du lundi 23 mars au vendredi 27 mars ont eu lieu les audiences de départage devant le conseil des prud’­hommes de Paris impliquant plus de 800 chibanis d’origine marocaine et des veuves de ces travailleurs contre la direction SNCF.

Discrimination au long cours

Ces travailleurs immigrés recrutés massivement dans les années 1970 au Maroc dans des conditions postcoloniales ont subi des discriminations de longues années durant, du fait de la clause de nationalité en vigueur à la SNCF [1].

Ces discriminations portent notamment sur les années de travail supplémentaires dans des métiers particulièrement pénibles en termes de conditions de travail, mais pas seulement : l’accès au « statut SNCF » ne leur permettait pas non plus d’accéder aux cabinets médicaux de l’entreprise par exemple, ni de bénéficier d’un déroulement de carrière équivalent puisque leur grille de rémunération ne permettait pas une carrière similaire aux autres cheminots et cheminotes.

Durant toute cette semaine d’audience, l’avocat de la SNCF n’a que très peu nié les faits : il s’est borné à rappeler que la discrimination dont il était question remontait à la date de signature du contrat et que les faits étaient donc prescrits...

Peu de soutiens syndicaux

Mais pour la SNCF, qui interdit toujours l’accès au statut aux salariés ne possédant pas une nationalité de ­l’Union européenne, difficile de nier que la discrimination s’est poursuivie pour ces salariés tout au long de leur carrière : peu ou pas de formation professionnelle pour leur permettre d’accéder à des emplois moins pénibles et plus qualifiés, pas d’évolution du système de rémunération pour permettre un déroulement de car­rière équivalent au « statut ».

Même si les chibanis ont fait le choix de s’organiser de manière autonome en créant leur propre association, on peut regretter l’absence flagrante de soutiens syndicaux mis à part celui de la fédération SUD-Rail.

En revanche certaines associations ont vu là une aubaine afin de s’offrir une médiatisation à moindres frais (Droit à la différence, Maison des potes, etc.). Le jugement sera rendu le 21 septembre mais on peut d’ores et déjà s’attendre à ce que la SNCF fasse appel d’une éventuelle condamnation, faisant encore durer une procédure entamée depuis plus de dix ans. Une attitude d’autant plus cynique que des dizaines de chibanis sont déjà décédés depuis les premières actions en justice.

Mathieu (AL Saint-Denis)

[1La RATP a supprimé une clause similaire de son statut depuis 2002.

 
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