Alternatives énergétiques

Biomasse et lutte contre le dérèglement climatique

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La question de la reconversion des centrales à charbon dont la fermeture est prévue en 2022 pose de multiples questions sociales et environnementales qui ne pourront trouver de solution satisfaisante que dans le cadre d’une convergence des luttes sociales et écologiques.

Concrètement la biomasse c’est utiliser des bûches pour se chauffer, mettre dans le réservoir de sa voiture un « biocarburant », produire du méthane à partir de résidus agricoles ou de l’électricité dans des centrales thermiques à biomasse…

Toutefois, si utiliser des résidus agricoles ou de l’exploitation forestière relève à priori du bon sens, cultiver des plantes ou couper des arbres spécifiquement pour une utilisation énergétique de biomasse contribue à accentuer la déforestation et détourne des terres agricoles des productions pour l’alimentation.

Nous ne nous étendrons pas sur les soi-disant biocarburants qui aujourd’hui cumulent les conséquences négatives. Le développement de la production de bio-méthane au sein d’exploitations agricoles semble bien plus prometteur. Il permet de valoriser des déchets pour produire à la fois une énergie renouvelable et un engrais organique.

L’utilisation des déchets forestiers pour éventuellement produire de l’électricité pose des questions bien plus complexes et qui ne peuvent pas trouver de réponse unique. C’est principalement cette question que nous allons traiter ici, en particulier en examinant un projet de reconversion de la centrale thermique au charbon de Cordemais, près de Nantes.

Des centrales électriques à Biomasse ?

Certes le projet présenté est basé sur la récupération de résidus issus de la taille des jardins, des déchets de bois du bâtiment ou de l’industrie du bois. Mais comme le note le directeur de la centrale de Cordemais, « il faut démontrer que ces ressources en bois peuvent être trouvées localement » [1]. Les Amis de la Terre estiment que le projet de reconversion nécessitera d’importants prélèvements de bois de forêt. « Un tel approvisionnement entraînerait l’augmentation des transports par camions et une pression très forte sur la ressource sur l’ensemble de la façade atlantique » [2].

D’autres considérations sont soulevées. En particulier, la combustion de déchet de bois pollués par des peintures, vernis, colles ou autres, peut engendrer l’émission de polluants dangereux pour la santé publique qui pourraient ne pas être traités par les filtres prévus pour la combustion du charbon.

Enfin, c’est la taille de l’installation qui pose problème. Les centrales thermiques convertissent de l’ordre de 33 % de l’énergie consommée en électricité. Les systèmes en cogénération permettent d’utiliser le reste de l’énergie pour l’injecter dans des réseaux locaux de chauffage collectif. Mais la quantité de chaleur produite à Cordemais rend inapplicable un tel système. C’est pourquoi les Amis de la Terre préconisent que « plutôt que de financer un projet de reconversion dont la viabilité est incertaine, le gouvernement devrait faire le choix de (…) dynamiser de nouvelles filières industrielles sur les territoires, compatibles avec la transition écologique ».

Alors que la nécessité de faire converger les luttes sociales et écologiques s’impose de plus en plus dans nos luttes quotidiennes, un combat pour une fermeture sèche des centrales à charbon, sans mener un véritable combat pour la construction de centrales à biomasse répondant aux nécessités écologiques est néfaste au combat écologique. Il est temps que syndicalistes et écologistes se parlent et se battent pour des projets communs de reconversion qui éviteront que les travailleurs et les travailleuses des centrales soient les dindons de la farce du pseudo-écologisme gouvernemental. Alors, faut-il que le projet de reconversion de Cordemais soit – au moins temporairement – mis en œuvre ?

Jacques Dubart (AL Nantes)

[1Le Monde du 9 juillet 2018

 
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