Ni dieu ni maître d’école : La fin d’une aventure, des graines semées pour l’avenir

Version imprimable de cet article Version imprimable


L’orphelinat Prévost de Cempuis poursuit sa mission éducative conforme aux principes libertaires que Robin met en pratique pour la première fois dans un établissement sous tutelle du ministère de l’Instruction publique de la IIIe République. Ce, jusqu’en 1894, date à laquelle il est suspendu de son poste d’administrateur et gestionnaire pédagogique de Cempuis. Pour quelles raisons ?

La co-éducation fait des vagues !

Et pas seulement la co-éducation : c’est un établissement sans dieu, qui suit en cela les nouvelles lois promulguées dès 1880 retirant l’obligation de traiter des devoirs envers Dieu, et Cempuis va avec Paul Robin assumer sa dimension laïque et renvoyer le curé de l’orphelinat jusqu’alors en mission dans l’établissement. C’est que Paul Robin est farouchement athée, et ce malgré (ou sans doute en raison de) un environnement familial d’origine fortement marqué par la religion catholique avec un oncle chanoine. Il deviendra d’ailleurs membre, au milieu des années 1890, de la Fédération française de la libre pensée. Mais ce qui concentre les hostilités contre Robin et son expérience novatrice, c’est bien évidemment la mixité des sexes à l’orphelinat, la co-éducation comme elle est alors appelée. Les réactions ne tardent pas à se faire jour et les attaques vont se succéder dès les premières années de Robin à Cempuis.

Dans le début des années 1890, la propagande par le fait bat son plein en Europe et en France. Dès 1881, des assassinats politiques visent des têtes couronnées européennes et en 1892, les bombes de Ravachol font trembler Paris. Mais dès 1893, c’est Auguste Vaillant qui attaque l’Assemblée nationale et donne lieu à une première loi visant à punir la provocation indirecte à l’action violente. Cependant, c’est avec l’assassinat du président de la République Sadi Carnot en juin 1894 que la loi la plus répressive, et visant nommément les anarchistes, est votée. Toute propagande anarchiste est ainsi interdite et les principes libertaires de Paul Robin vont pâtir directement de ce contexte difficile qui donne des ailes aux conservateurs et réactionnaires de tout poil qui voient là l’occasion d’attaquer tout ce qui remet en cause l’ordre établi.

De la sorte, les milieux catholiques s’agitent avec un esprit de revanche contre le pédagogue de l’éducation intégrale et c’est la presse bon ton de l’époque, avec en figure de proue La Libre Parole, qui orchestre une campagne de presse à charge contre le « pornographe » Robin. Il ne faudra que quelques semaines de ces attaques pour que le préfet de la Seine ordonne la révocation de Paul Robin et la fin de l’expérience pédagogique la plus innovante de l’époque. Preuve est faite, s’il en était besoin, que l’éducation libertaire ne peut se développer à l’ombre d’un État qui obéit toujours aux ordres de la bourgeoisie conservatrice et que cette éducation de la liberté ne peut se faire que loin des Églises et de l’État qui sert des intérêts contraires à ceux de l’émancipation populaire.

Voilà pour Cempuis et Paul Robin, la conclusion de quatorze années d’expérimentations qui laisseront de nombreux observateurs inspirés, de Sébastien Faure à Francisco Ferrer, le pédagogue espagnol qui a servi de fil rouge au début de cette chronique. Celle-ci prend fin ici, elle laisse la place à une thématique qui doit nous interpeller et nous mobiliser tou-te-s dans nos luttes quotidiennes car son urgence se fait sentir chaque jour plus prégnante : l’antifascisme.

Bon vent donc à vous et à bientôt dans les luttes !

Accattone

 
☰ Accès rapide
Retour en haut