Aveyron : Ôte tes grosses pales de là

Version imprimable de cet article Version imprimable


Loin de constituer une alternative énergétique, la politique gouvernementale des énergies renouvelables ne renouvelle que le capitalisme. Et suscite des oppositions locales déterminées. Exemple du projet gigantesque d’éoliennes industrielles dans le Sud-Aveyron.

L’État a abandonné le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Mais il a promis de se lâcher contre les autres luttes opposées aux grands projets inutiles ou dangereux. Il en est ainsi du projet «  autoroute de l’énergie à Saint Victor-et-Melvieu  » en Aveyron.

L’Amassada («  assemblée  » en occitan) rassemble les opposants du Sud-Aveyron, agriculteurs et agricultrices, travailleurs et travailleuses du public et du privé, retraité.es, précaires et privé.es d’emploi. Leur motivation est aussi d’assurer un autre avenir et un autre monde à leurs enfants que celui promis par les politiciens et les capitalistes qui veulent imposer par la force publique la protection d’intérêts privés.

L’Amassada fait maintenant face à l’imminence de la déclaration d’intérêt publique et ses conséquences  : décisions d’expulsion, multiplication des procédures policières et judiciaires. Déjà aujourd’hui, intimidation, procès, gardes à vue, manœuvres politiques, tout est bon pour user l’adversaire, que ce soit moralement ou par le portefeuille. La réponse ne peut être que l’élargissement du mouvement.

Énergies renouvelables et proximité

La proximité est à la mode dans les discours gouvernementaux et capitalistes. Mais la seule réalité de leurs projets, c’est le gigantisme et la colonisation d’un territoire prétendu déserté.

Car il est nécessaire de bien distinguer une énergie de proximité et le programme gouvernemental des énergies renouvelables. Le projet éolien des Grands Causses (Aveyron, Tarn et Lozère) prévoit un millier d’éoliennes et un mégatransformateur. Ces éoliennes industrielles n’ont aucune utilité pour les populations concernées. Car ce projet d’électricité éolienne est d’abord voué à l’exportation.

Loin d’être une étape vers une alternative énergétique, ce projet s’insère dans une restructuration de l’industrie capitaliste, continuant ainsi l’exploitation des peuples et des terres, en particulier au sein des mines réparties dans les pays du Sud où la complexité des techniques mises en œuvres rend improbable leur appropriation locale.

Une alternative énergétique utilisera certes les mêmes sources énergétiques renouvelables. Mais elle ne peut que s’inscrire dans un autre mode de vie. Aussi, l’Amassada appelle à l’autogestion, au partage de pratiques et de connaissances, dans le but de créer une culture commune – non pas une identité excluante.

Son point fort  ? Le site de sept hectares sur lequel doit être construit le transformateur comprend une petite parcelle de 2 000 m² «  appartenant  » à une indivision de cent trente propriétaires. Pour l’Amassada, avec ses fêtes, ses chansons, ses constructions et sa petite éolienne auto-produisant son électricité, l’essentiel est d’occuper la place pour contrer les projets de réseau de transport d’électricité (RTE) et des promoteurs d’éoliennes.

la cabane de l’Amassada, lieu de lutte et de sociabilité

Qu’ils s’inscrivent dans le redéploiement capitaliste de l’énergie, dans la construction de méga centres de vacance ou dans le développement d’autoroute ou de lignes ferroviaires à grande vitesse, un grand nombre de grands projets inutiles et imposés (GPII) artificialisent des terres agricoles ou des espaces forestiers, participent à la destruction de la biodiversité, causent des dommages à la vie des populations locales.

Pourtant, la véritable question quand est envisagée la construction d’une nouvelle infrastructure devrait être celle de son utilité sociale et d’abord pour celles et ceux qui habitent à proximité. Mais quand un contournement autoroutier est envisagé, c’est d’abord pour son utilité «  pour le commerce  ». Quand un projet nucléaire est présenté, c’est d’abord pour son utilité pour la défense des intérêts capitalistes.

Devenir du territoire

La question des hôpitaux ou des écoles est évidemment plus complexe. Mais aujourd’hui ce n’est pas l’intérêt de la population qui oriente les restructurations du système de santé ou de l’école. Ce sont bien les intérêts capitalistes. Il en est de même pour ce qui concerne la privatisation de l’eau, la suppression de lignes SNCF, ou de tournées postales, ou encore la pose de compteurs communicants (Linky). Nous n’acceptons pas que la désertification de l’Aveyron s’accélère sous les coups du développement touristique, de l’éolien industriel ou de l’installation de la légion étrangère sur le Larzac.

Aujourd’hui la lutte contre le projet d’éoliennes industrielles dans le Sud Aveyron rencontre des difficultés. D’une part le gigantisme du projet rend difficile l’occupation de tous les terrains concernés. Et puis il faut bien le dire, l’éolien, dans l’absolu, bénéficie d’une connotation positive. Mais surtout, la mise en œuvre d’une convergence des luttes rencontre quelques difficultés. En premier lieu, il est nécessaire de constater la différence de pratiques de lutte entre celles menées par l’Amassada et celles de bien des structures syndicales. Plus inquiétant, la Confédération paysanne Aveyron, pourtant réputée très à gauche, fait la sourde oreille aux appels à la convergence. La clé du développement et d’une future victoire de cette lutte nécessite d’avancer sur cette question en particulier  !

Reinette Noyée (AL Aveyron)


Répression du mouvement

Jeudi 25 janvier 2018 à 7 heures du matin, une centaine de gendarmes ont interpellé à leur domicile treize opposantes et opposants à la construction du parc d’éoliennes industrielles de Crassous (commune de Saint-Affrique, Aveyron), parmi lesquels il y avait deux camarades d’Alternative libertaire. Ils et elles ont été dispersé.es en garde à vue aux quatre coins du département.

Leur délit  ? S’être opposé pacifiquement aux engins de chantier qui saccagent la forêt de Crassous. Les charges retenues ont été «  vol et entrave avec voies de fait à la liberté du travail  », ce qui fait évidemment plus sérieux. En soutien aux inculpé.es, une journée de mobilisation a pu immédiatement réunir au-delà du mouvement.

Quatre jours après, le lundi 29 janvier, cinq autres opposants étaient assignés au tribunal de grande instance de Rodez. La convocation s’est faite dans le cadre d’un «  référé heure à heure  », mesure d’exception, soi-disant pour établir, selon l’avocat de la société Théolia, multinationale de l’éolien, la réalité de la «  menace imminente  »  : de dangereux criminels rôderaient, ce qui aurait causé un retard du chantier d’un mois et demi. Pour seule preuve, des personnes auraient été contrôlées par la gendarmerie sur une route à 1 km du chantier. Face à cette menace, Théolia demandait une interdiction de circuler. Les cinq prévenus ont été relaxés.

Rassemblement du 28 Janvier devant la mairie de St-Affrique contre les garde à vue

Mais que faisait la gendarmerie à cet endroit là  ? Un dispositif de quatre-vingts représentants de l’État a été déployé pour permettre le saccage d’un hectare de forêt de buis en plein parc naturel. Dépôts de plaintes reprenant des rapports de gendarmerie  ; dispositifs judiciaires d’exception  ; presse qui plaint les flics parce qu’ils auraient peur des zadistes, évidemment dangereux  ; maire de Saint-Affrique qui pond des arrêtés de régulation de la circulation pour gêner les mobilisations… Voilà une belle illustration de la réalité du «  partenariat public-privé  » créé pour ce projet  !

Reinette Noyée

 
☰ Accès rapide
Retour en haut