Webradio : Sur l’écran noir de nos oreilles

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Sur la toute débutante radioweb associative Radio M’S, « Radio de Montreuil et de l’Est parisien », l’émission Cinédrome, « chronique mensuelle du cinéma des marges et de la déviation, des films hors normes, rares, oubliés, inconnus, invisibles, ratés ou réussis, bizarres, bis, ou carrément Z » a choisi pour sa rentrée de septembre d’honorer le chef-d’œuvre de Kiju Yoshida, Éros + Massacre.


Film-monstre de la Nouvelle Vague japonaise, tourné en 1969, sorti dans une version amputée d’une heure en 1970 (c’était ça ou la censure totale), il est enfin visible en édition DVD dans une version restaurée (superbe photo en noir et blanc de Motokichi Hasegawa) et presque intégrale, 9 minutes ayant été perdues du fait d’une bobine d’origine dégradée. {} Extrait de l’émission : « Le 16 septembre 1923, dans la foulée du terrible et dramatique tremblement de terre du Kanto, où l’État imposa la loi martiale pour réprimer toutes sortes de débordements sociaux, l’anarchiste Osugi Sakae, sa maîtresse Ito Noe et un enfant, le jeune neveu d’Osugi, sont arrêtés par la police militaire. Ils seront battus à mort, puis jetés au fond d’un puits. Le film part de ce fait historique atroce qui a bouleversé une grande partie de la société japonaise. Osugi, anarchiste, était également un fervent partisan de l’amour libre : Éros + Massacre travaille ses relations politiques et amoureuses, avec son épouse Yasuko Hori, une militante féministe Masaoka Itsuko, et Ito Noe, elle aussi féministe et anarchiste. Mais le film ne s’en tient pas là et navigue en permanence entre un passé fantasmé et le présent de 1969, tout aussi instable, obscur, insaisissable. Quand débute le film, Mako, “fille ou petite-fille ou arrière-petite-fille” supposée d’Ito Noe, est interrogée par Eiko, étudiante en design. Celle-ci est la maîtresse d’Unema, réalisateur de publicité, qui paie pour ses services sexuels, et Eiko, suspectée de prostitution, ne tardera pas à être inquiétée par la police. Mais Eiko est amoureuse d’un ami d’Unema, Wada, étudiant, anarchiste lui aussi…. Passé et présent vont se conjuguer, se juxtaposer et se télescoper, et Eiko rejouera/imaginera de nombreuses scènes de la vie mouvementée d’Osugi Sakae, se laissant pénétrer par son histoire transfigurée, recomposée… » Voilà pour le pitch. Mais le film résiste à tout résumé et toute simplification, Yoshida tournant résolument le dos à toute forme de réalisme et de reconstitution historique, mêlant les problématiques politiques et philosophiques de l’anarchie et du féminisme japonais du début du XXe siècle, à celles de son époque, celles des contestations multiples des années 1970, qui leur répondent en écho dans une esthétique flamboyante. À revoir ou à découvrir, donc : une œuvre d’art, incontestablement, et un film révolutionnaire, dans tous les sens du terme. [1]

Pim Paoum

  • Éros + Massacre, coffret deux DVD, Carlotta Films, prix moyen 10 euros

[1On peut écouter ou podcaster l’émission et toutes les précédentes sur internet : cinedrome.unblog.fr ou radioms.fr

 
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